Récit d’un étudiant en école de mode et de sa première création

Il y a quelques jours, j’ai vu sur Facebook les photos du défilé du Salon de la Mariée publié par une connaissance de longue date: Anthony Courdier. En vrai, je n’ai jamais rencontré Anthony mais je le connais car nous nous suivons sur nos blogs respectifs depuis plusieurs années maintenant. J’ai toujours aimé son style et surtout, c’était un des premiers blogs homme que j’ai suivi…

En regardant les photos, je comprends qu’il a crée une robe dans le cadre de ses études. Je lui ai demandé de nous raconter son expérience.

Appréciez la lecture de son histoire…

« Comme chaque fois, en BTS Métiers de la Mode de mon lycée, les 2e années créent des robes qui défileront au Salon de la Mariée. C’est n’est pas la Fashion Week parisienne, mais une très bonne vitrine pour les créateurs et magasins de la région. En fin de première année, on nous a annoncé le thème du salon 2013 : La modernité.

 

Thème aussi vaste, qu’impossible à cerner réellement. Cependant et en toute humilité, j’ai une certaine connaissance des salons de la mariée, des goûts et des attentes du public. Même avec les recommandations de nos professeurs qui voulaient des tenues au summum de la modernité, avec pleins de volume, dans l’esprit très décalé de McQueen ou encore Mugler, je n’ai pu me résoudre à faire une robe originale, gigantesque et excentrique. Ce n’est pas mon style, j’aime le chic et le raffinement. Et c’est-ce que le public veut voir ! Des robes élégantes, dynamique, qui font rêver. Mais revenons-en au départ.

Alexander Mcqueen Fashion Week 2012

 

Après avoir collecté des images, et créé une planche d’ambiance, j’ai esquissé des robes par ci par là sans grande conviction attendant le trait de travers qui créera un déclic en moi. Une idée, il me fallait une idée. Nos enseignantes voulaient voir nos croquis, avant les vacances d’été, pour les valider afin de nous permettre de prendre de l’avance sur  notre création pendant ces 2 mois. Et puis la semaine à défilé, sans que je trouve mon idée, sans réelle inspiration.

Et puis un matin, en atelier, juste avant une mini réunion sur nos croquis, j’attrape une feuille blanche A4, un crayon et je laisse ma main dessiner et mon inconscient choisir. Le résultat me plait, c’est la robe parfaite, celle que je veux, mais il manque quelque chose, il manque la touche d’originalité qui permettra à mon dessin d’être validé. L’idée percute mon esprit comme un coup de fouet, j’ai dessiné une cape en toile cirée transparente, en trois parties, des épaules aux pieds, comme une cloche de verre qui protégerait une pierre précieuse.

En cinq minutes, j’ai dessiné ce que j’ai mis presque un mois à imaginer. Sans vous mentir, l’idée de cette cape est intéressante, mais elle sera incomprise par le public. (J’ai préféré ne pas la faire par la suite et de m’en tenir à mon idée de base.)

Notre petite réunion commença, et un à un, ma prof regarda nos croquis ajoutant un commentaire ou une recommandation; puis vient mon tour, j’ai expliqué mes choix de matière, de couleur, et de coupe, le jugement est tombé, mon croquis est validé.

anthony courdier croquis

L’été est passé et je n’ai pas avancé sur ma robe : mon job d’été occupa la plupart de mon temps. Septembre arriva, et je débutai donc ma deuxième année en BTS. Nous sommes d’abord aller à Paris, dès la deuxième semaine de la rentrée, pour visiter le salon des tendances, mais aussi pour acheter nos tissus respectifs au marché St Pierre. Je voulais du vert émeraude et de la dentelle noire. Le tissus vert à été plutôt facile à trouver mais je n’avais aucune idée du nombre de mètre nécessaire.

 

J’avais par contre déjà choisis mon mannequin. Cécile, une camarade de classe, dotée de beaux yeux clairs, et d’une peau mate dû aux origines africaines de sa mère. De plus sa taille est fine et sa chute de reins lui offres des lignes sexy et élégante.

Cécile a déjà défilé pour moi, lors d’un concours de couture. Ayant une vague idée de ses mensurations, j’ai opté pour 3 mètre de tissus vert, il ne restait plus que la dentelle à trouver. Avec l’aide d’une autres de mes professeurs de couture nous avons dégotés un coupon de 3 mètre de véritable dentelle de calais un peu élastique qui convenait parfaitement avec l’esprit de ma robe. De plus cela correspondait aisément au budget de 100€ par personne offert par le lycée pour l’achat de nos matières premières.

 

Cécile, mannequin.

Tout était prêt, la phase de conception pouvait commencer. Cette fois j’étais seul. Lors du concours dont je vous parle plus haut, j’avais choisis une de mes camarades de classe plutôt douée en confection pour m’aider à réaliser la robe que j’avais dessinée. Mais cette fois, j’étais seul, pas par obligation mais par choix. Pour montrer de quoi j’étais capable, pour faire mes preuves.

 

Malgré une assez bonne ambiance de classe, la compétition est toujours un peu présente dans l’esprit de chacun, et c ‘était pour moi le moment de montrer que derrière mon personnage de comique prêt à tout pour amuser la galerie, je pouvais réussir à faire une très belle robe. Il est vrai je préfère dessiner, que coudre, mais je n’avais pas le choix il fallait y’aller.

 

Je n’ai pas commencé tout de suite par coudre. J’ai d’abord réalisé un moulage. Cela consiste à créer un prototype en toile, sur un mannequin de couture, afin de perfectionner les découpes de la robe, et les petits détails techniques. Ensuite j’ai transféré mon moulage sur papier afin d’obtenir ce que l’on appelle généralement, des patrons. Par la suite j’ai cousue des prototypes, dans des tissus possédant des propriétés techniques (comme l’élasticité) proche de ceux choisis pour ma robe. J’en ai fait trois, qui m’on aidés à définir la bonne longueur, la bonne forme de poitrine et la bonne largeur du bas de robe. Tout ça, seulement pendant mes heures de cours prévu pour le projet.

 

Il est vrai que j’ai traîné un peu, j’avançais centimètre par centimètre complètement démotivé par l’ampleur de la tâche. De toute manière je suis quelqu’un du dernier instant, je travail beaucoup mieux à la dernière minute. J’ai toujours été comme ça, la pression me pousse à donner le meilleur de moi-même et m’aide à avoir confiance en mes choix.

 

La dernière semaine avant le salon de la marié, les éléments en dentelle n’était pas encore coupée, seul la partie en tissus vert était cousue. Aidé par deux de mes trois professeurs de couture, on a décidés de mouler la dentelle à même sur le corps de Cécile, pour que le résultat soit le plus beau possible. Deuxième défis, épouser la forme de la cambrure de ma mannequin, sans faire de pince. Une pince pour les non-initiés à la couture, est un moyen de réduire un excédent de tissus sur une partie d’un vêtement. Le problème avec la dentelle, c’est que c’est transparent, et donc impossible de faire une pince sans enlaidir l’ensemble.

 

C’est là que Madame R entre en scène. Madame R c’est l’une de mes enseignantes, mais c’est aussi la personne la plus douée que je connaisse en modélisme. Elle trouve une solution à tout. Avec son aide j’ai pu trouver le moyens de répartir l’excédent de tissus dans les coutures déjà présentes, (le terme technique est: déplacer la pince dans la découpe), bref, une fois la solution trouvé, il ne restait plus qu’a coudre.

 

J’ai assemblé la dentelle à la base de la partie verte, et ensuite j’ai ajusté le dernier détail sur Cécile pour que le tomber sois parfait. Il ne me reste plus que quelques points à la main pour finaliser la robe.

 

Pour l’anecdote, j’ai terminé ma robe la veille du premier jour du salon. Le plus gros était fait, il ne restait plus qu’a attendre les réactions du public pour savoir si oui ou non ma création allait plaire.

 

10h, je débarque dans le coulisses, accompagné de Cécile ma mannequin, les répétition se font en tenue, et dès le départ ma robe fait son show, l’organisateur du salon, qui est aussi créateur de tenues de cérémonie, flash sur ma robe, il me félicite et me propose même un stage chez lui dès que j’en aurais besoin.

Cécile dans la robe de mariée d’Anthony Courdier lors du salon de la mariée

Première petite victoire, je remercie poliment ce monsieur, mais intérieurement j’explose de joie et de fierté. La robe fait l’effet que je voulais, ma robe plait.

 

Le reste du week-end se déroule accompagné de nombreuses félicitations et même de proposition d’achats. Une autre, intéressée par mon travail a pris mes coordonnées, pour son propre mariage !

Anthony et Cécile

Tout était parfait, du mannequin au déroulement de ce salon. Je n’ai pas reçu de prix pour cette robe mais je tiens quand même ma petite revanche ; un clin d’œil sympathique aux mauvaises langues.

 

Et puis les frissons des défilés disparaissent, la vie reprend son cours, après tout il ne faut pas perdre l’objectif de vue, le BTS est en juin ! »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Anthony Courdier, étudiant dans la mode et blogueur !

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