« Sweatshop: dead cheap fashion » – Et maintenant, que peut-on faire ?

L’information a très largement été diffusée en France et dans le reste de l’Europe depuis que Asthon Kutcher a publié la vidéo sur son compte Facebook le 22 Janvier dernier. Sans commentaire, il nous transmet un article relatant d’une série documentaire norvégienne sur 3 jeunes blogueurs mode au Cambodge. Le titre « Sweatshop: dead cheap fashion » (Usine textile: la mode discount qui tue).

Sweatshop dead cheap fashion - que faire

Ludvig Hambro – « SweatShop dead cheap fashion »

 

« Sweatshop: dead cheap fashion »

Avant de prendre le temps de regarder les 5 épisodes depuis le site du grand journal norvégien Aftenposten.no, je lis pas mal d’articles sur le sujet, pour voir quel message les médias cherchent à diffuser. Clairement, rien de très engagé. L’information est reprise en montrant ô combien ces fashionistas sont responsables de l’horreur du tiers monde. Sans, à aucun moment proposer des pistes de solution ni expliquer ce qui se passe vraiment dans ces pays asiatiques…

J’en apprends aussi un peu plus sur le réalisateur: un type connu dans le pays pour ces reportages. Joakim Kleven souhaitait à travers cette vidéo toucher les jeunes norvégiens grâce aux nouveaux influencers de ce monde (les blogueurs) et les faire prendre conscience sur l’origine de leurs vêtements. Apparemment les jeunes norvégiens gaspillent beaucoup d’argent dans l’habillement. Grâce a cette vidéo, il veut que les gens réagissent.

J’attends donc avec impatience de voir ces 5 épisodes et surtout les répercutions. Car au final, c’est ça le plus important, non ?

5 épisodes plus tard où on voit les jeunes gens découvrir la vie d’une ouvrière du textile dans la capitale cambodgienne: Phnom Penh.

Bon, dans les vidéos, vous n’y verrez rien de bien surprenant, juste des gens comme vous et moi, choqués de voir l’injustice de ce monde. Bien que la blogueuse la plus populaire de la série ai pu avoir un entretien avec H&M Norvège, le constat est clair, pas grand chose n’a changé, mise à part qu’on est juste tous de nouveau au courant que le business du textile, c’est injuste et franchement écoeurant.

Sweatshop dead cheap fashion - que faire

Frida Ottesen & Anniken Jørgensen- « Sweatshop Dead Cheap Fashion »

 

 

Au final, les blogueurs ne passeront qu’une demie journée dans les ateliers, trouvant le moyen de s’endormir pendant leur pause déjeuner au point que le manager doive se déplacer pour les ramener au boulot: « retournez au travail, maintenant« . En bons enfants privilégiés, ils prennent leur temps, ignorant les ordres du responsable. Plus tard, avec un budget pour la journée, ils doivent faire à manger pour 10 personnes et foncent directement au super marché où tout est au dessus de leur moyen. En plus de n’avoir aucune morale professionnelle, ils ne savent pas plus gérer leur argent. Nicole Ritchie et Paris Hilton de Simple life sont de retour.Enfin, les larmes et les cris du coeur arrivent quand les habitants témoignent de leur condition de vie. Bon… Je suis pas sans coeur mais le scénario est quand même léger. Envoyer des jeunes gens si naïfs était-ce vraiment si judicieux ?

Toutefois, il semblerait que le gouvernement norvégien ai prit en compte le message et travail sur des actions à prendre. A suivre !

Le monde selon H&M

Ne voulant pas rester sur cette conclusion, j’ai approfondis mes recherches et suit retombée sur un documentaire de Canal + datant de 2014 intitulé « Le monde selon H&M« . Si vous avez été choqué par « Sweatshop: dead cheap fashion », ne regardez pas ce documentaire, vous allez en vomir vos tripes.

H&M, toujours en ligne de mir des critiques, probablement dû à sa deuxième place sur le podium mondial des grands vendeurs de textile, passe au crible d’une équipe de reporters français.

Ce qu’on y apprend ? Que faire du business dans des pays où la corruption règne, ça n’apporte rien de bon. Geraldine Dormoy le rappelle dans son compte rendu: « H&M n’est pas une entreprise caritative. C’est une multinationale capitaliste. »

Evidemment, ça ne fait plaisir à personne chez H&M d’apprendre les conditions de travail misérables et bien qu’on le leur reproches, H&M reste le groupe qui s’implique le plus dans l’industrie, à l’amélioration des conditions de travail ainsi que l’impact de leur business sur la terre.

Alors imaginez un peu le reste de l’industrie: si ce que fait H&M est si écoeurant que ça, que font les autres ?

Lors du scandale du Rana Plaza à Dacca, capitale du Bangladesh où 1135 personnes ont perdu la vie (pour environ 2 500 rescapés), il n’y avait pas d’ouvriers pour la marque H&M. Pourtant, ce sont les premiers à être à l’origine de « l’Accord Bangladesh« , un contrat signé par les grandes marques pour imposer de bonnes conditions de sécurité/travail pour les ouvriers. (Mais d’après ce reportage de France 2, une étiquette H&M aurait quand même été retrouvé dans les décombres…)

18 personnes ont été inculpés pour violation du code de construction et pour « abus de pouvoir ». Dont le propriétaire du bâtiment qui a été attrapé alors qu’il tentait de s’échapper vers l’Inde…

Les marques pour lesquelles les ouvriers travaillaient étaient les suivantes: Mango, Benetton, The Children’s Place, Cato Corp, Joe Fresh (vendues dans les magasins J.C. Penney), Primark, Matalan, Free Style Baby vendue dans la chaine El Corte Inglés et ainsi que Velilla13. Des étiquettes de vêtements Carrefour (marque Tex), Auchan (marque In Extenso) et Camaïeu ont aussi été retrouvées dans les décombres. A ce propos, Auchan sont les seul à ne pas vouloir se joindre au groupe mais sous un coup de pression d’Arnaud Montebourg, ils finissent par raquer. Leur motif ? Auchan n’avait rien commandé aux entreprises de ce bâtiment…

Bien que ça leur soit aussi reproché, le patron bonne-gueule-dans-les-medias du groupe H&M est aussi allé à la rencontre de la première ministre cambodgienne pour encourager fortement le gouvernement a augmenter le salaire minimum. Finalement, le salaire moyen à fini par augmenter mais de pas grand chose: +28%. « 128 dollars (102 euros) par mois en 2015, contre 100 dollars (80 euros). » selon Le Monde. Pour vivre correctement, ils réclament 177 dollars.

Rana Plaza

Et ensuite ?

Et c’est là que je reste le plus bouche bée: tout le monde retweet, partage et dénonce ces fashionistas comme étant les grands responsables de cette misère. C’est trop facile ! Nous consommons tous du Made in Asia. Le pire, c’est qu’une fois avoir jeté la pierre, on tourne le dos et on passe à autre choses.

Non, non et non ! Avant de jeter la pierre aux fashionistas, demandez-vous d’abord qui sont vraiment les responsables.  Même si on arrêtait d’acheter chez H&M et les autres, ils trouveront une autre façon de faire du profit. Et les patrons de ces usines vétustes ? Et le gouvernement de ces pays ? Et l’implication des marques clientes de ces usines ?

Les premiers sont là pour faire des thunes, les deuxièmes ferment les yeux du moment que l’argent rentre dans le pays (et dans le cas de H&M, pas énormément vu qu’ils ne payent pas d’impôts à l’étranger) et les marques se dédouanent en montrant des audits assurant la sécurité des lieux et leur charte de travail en vigueur avec la loi locale.

Seule chose encourageante, c’est que lors des deux reportages, on nous présente des représentants de syndicats pour les ouvriers du textiles. Ces derniers sont très impliqués mais à leurs risques et périls.

Le 22 janvier 2004, il y’a donc 11 ans, le leader du mouvement Free Trade Union of Workers of the Kingdom of Cambodia, Chea Vichea a été retrouvé mort dans la rue par trois balles à la poitrine. Deux types se font arrêter sur le champs et condamner pour son meurtre. Aujourd’hui encore, le Cambodge refuse d’ouvrir une enquête sur la mort du leader qui dérangeait. Les deux hommes inculpés ? Beaucoup remettent en question leur culpabilité. En vrai, tout le monde sait que c’est un complot de l’Etat. En 2010, un reportage, « Who killed Chea Vichea » a été réalisé et a même été récompensé par de nombreux festivals mettant en valeur le travail pour la liberté d’expression et les droits de l’homme.

On le voit dans les reportages: les ouvriers protestent mais ce font vite rattraper par les forces de l’ordre.

Un autre problème arrive sur le dessus: si les employés deviennent « trop cher », les usines vont se délocaliser là où la mains d’oeuvres est encore moins chère et apriori, moins révoltée. De plus en plus d’usines sont gérées par des chinois qui ont quitté leur pays pour y trouver la main d’oeuvre moins chère chez leur voisin. Et comme le raconte cet article, des fois, ils plantent leurs ouvrier avec trois mois de salaire impayés. Et le gouvernement ne fera rien…

Sweatshop dead cheap fashion - que faire

Alors, vraiment, ce petit reportage avec les blogueurs ? C’est les bisounours. Il est vrai que les blogueurs ont leur petite influence mais ce ne sont pas ceux qui vont vraiment s’impliquer, s’engager pour faire changer les choses. Mais bon, au moins il l’a fait. Envoyer les mecs qui décident des stratégies des multinationales du textile, les grands patrons, ceux qui décident de s’installer en Ethiopie parce que la main d’oeuvre y est la moins chère (tu parles ! Il n’existe pas de salaire minimum légal…)  Eux, ça aurait fait « changer » les choses, non ? Ou leurs enfants ? Ou Kim Kardashian ? Elle pleure si bien à la télé.

 

Que peut-on faire ?

Vu le nom de mon blog vous avez de quoi remettre en question mon implication. Pourtant, je suis très consciente depuis mes débuts de l’impact de mes choix des consommation sur la planète. Je me renseigne énormément, lit, regarde des documentaires, essaie de trouver des solutions, changer mes habitudes, repenser ma consommation.

Ce qui m’intéresse vraiment dans le fond, c’est de savoir ce que MOI je peux faire pour vraiment faire un changement. Et j’imagine que si vous en êtes là dans la lecture de ce billet, c’est que vous aussi. Je suis consommatrice de made in Asia et je veux que les personnes qui fabriquent les vêtements que je porte travaillent dans de bonnes conditions.

Bien que nous ne pouvons pas changer le système économique ou stopper la corruption, on peut quand même agir à notre niveau.

1. Changer vos habitudes

Je ne vous inviterai pas à boycotter H&M ni à n’acheter que du Made In France, je me doute bien que si vous consommez de la cheap fashion, c’est que vous pouvez pas vous permettre autre chose. Sachez toutefois qu’ils existent des alternatives éthiques et des créateurs français qui méritent le coup d’oeil. Je ne vous inviterai pas non plus à privilégier les marques et les vêtements plus chers, car c’est encore pire: ou croyez vous que ces vêtements sont fait ? Le prix n’est pas indicateur de qualité ni que l’ouvrier qui l’a confectionné ait été encadré dans des conditions sérieuses…

– Arrêter l’achat compulsif une bonne fois pour toute !

C’est surement la démarche la plus importante. Si vous êtes écœurés des conditions de travail de ces personnes, arrêtez d’acheter des fringues que vous ne porterez pas, c’est vraiment un manque de respect pour votre argent et pour la nana qui a probablement risqué sa vie pour le faire. La plupart des magasins proposent de longues périodes pour retourner les fringues. Faites un effort…

– Acheter moins, achetez mieux

« As-tu vraiment besoin de ça ? » la petite question qui peut faire la différence. « Avec quoi je vais le porter ? » ca évite de laisser des fringues importables dans le dressing. « Quand aurai-je l’occasion de porter ça? » surtout pour les fringues d’été et de soirées quand on vit au pole nord et qu’il n’y a pas de soirées. Et d’autres questions utiles: 10 conseils pour acheter intelligemment 

– S’intéresser aux vide-dressing

Et si retourner le fringue que vous ne portez pas vous ennuie, pensez « vide-dressing » ! Pour vous débarrasser de vos vieux vêtements mais aussi pour récupérer des nouveautés à mettre dans votre penderie puisque l’envie de shopping ne part toujours pas.

– Recycler

600 000 tonnes de vêtements sont vendus chaque année en France mais seul le tiers est recyclé. Il existe même des micro-batailles entre les organismes de recyclage tellement l’enjeux est important. Les vêtements recyclés sont soit remis en état, revendu dans les espaces caritatives comme Emmaeus ou Humana, soit broyés pour reconfectioner de nouveaux vêtements, des matières de construction ou simplement détruit.

Une fois de plus, faites un effort…

Voici la liste des lieux de recyclage de vêtements: http://ourecycler.fr/recycler/tissus-vetements

– Expérimenter le vintage

Nos armoires sont pleines à craquer pour la plupart. Celles de nos parents aussi, ainsi probablement que nos grands-parents. Jetez un oeil voir. Des boutiques existent, ça coute rien d’aller faire un tour, au pire, ca pourrait plaire…

– Faites des économies !

Rappelez-vous aussi de la valeur de l’argent. Regardez un peu tout l’argent perdu dans ce placard. Mais bon, je pense que sur ce coup là, aux vues des chiffres de vente de textile en France ces dernières années, le message est déjà passé.

2. Engagez-vous !

– Fashion Revolution day. Le 24 avril est le jour où le consommateur se rebiff et met mal à l’aise les enseignes du prêt-à-porter. Depuis l’année dernière une équipe internationale de professionnels réagit à l’effondrement du bâtiment Rana Plaza en créant cette journée. L’intérêt ? Montrer que le consommateur ne cautionne pas. Ca à l’air de rien mais ça fait bouger doucement les choses. La prochaine édition est cette année, même date, en commémoration des 1135 personnes décédés dans l’accident du Rana Plaza, le 24 avril 2013.

Faire partie de ce mouvement, c’est entrer dans le processus de changement. On ne va pas changer l’économie mondiale du jour au lendemain, mais si en 2004 un type est mort pour défendre les droits de son pays, c’est que les choses ont débuté depuis déjà un petit moment et qu’il faut continuer à réagir.

http://fashionrevolution.org

Fashion Revolution Day

3. Rester informé

Ne pas savoir quoi faire c’est une chose, ne pas oser s’engager, ça se comprend. Mais ignorer, c’est pire que tout. Clairement, vu la réaction suite à la publication de Sweatshop, c’est que vous ne vous en fichez pas…

 

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